
Étude de cas
temps de lecture: 5 minutes
LA HAUTE SENSIBILITÉ DANS LE MONDE DU TRAVAIL
Dans un monde professionnel exigeant, comprendre les signaux de surcharge chez les personnes sensibles, décrypter les mécanismes du stress professionnel, et identifier pourquoi certains environnements épuisent ces profils devient essentiel pour transformer la sensibilité en ressource, trouver des environnements de travail adaptés et retrouver durablement sa place professionnelle.
25 mars 2026
ÉTUDE DE CAS:
SURCHARGE ÉMOTIONNELLE
ET BLOCAGE AU TRAVAIL
À travers le cas de Marie, 30 ans, ancienne employée en comptabilité, nous allons explorer comment sa haute sensibilité (hypersensibilité) s’exprimait dans son parcours. Il illustre les défis auxquels sont confrontées de nombreuses personnes hautement sensibles au travail.
Ancienne comptable, Marie consulte en pleine période de grande détresse professionnelle. Ces derniers mois, elle dit avoir subi des remarques dévalorisantes, une pression constante, l’ambiance froide et tendue.
Très engagée dans ses relations, elle a tenté de créer du lien, mais elle ressentait que l’ambiance n’a pas changé et que le regard des autres sur elle restait le même. Peu à peu, elle s’est sentie rejetée et incomprise.
L’open space était pour elle une épreuve : le bruit, les échanges permanents, la lumière crue, les odeurs de café ou de nourriture, tout l’envahissait. Elle disait se sentir oppressée. En fin de journée, elle pleurait souvent dans sa voiture, incapable de contenir la tension accumulée.
Sous le coup du stress, son esprit se bloque, elle n’arrive plus à se concentrer ni à prioriser. L’anxiété monte, puis la fatigue la vide complètement. Ces blocages répétés, associés à une grande émotivité, ont conduit à un arrêt de travail, puis à une démission.
Pour orienter l’accompagnement de Marie de façon pertinente, il est nécessaire d’examiner son profil sensible dans ses différentes composantes. Cette analyse permet de repérer les dimensions de la sensibilité qui dominent chez elle, afin de mieux comprendre ses réactions, ses blocages et ses besoins profonds.
L’Observatoire de la sensibilité, sous la direction de Saverio TOMASELLA, a mis en évidence plusieurs dimensions qui composent la sensibilité élevée. Chez chaque individu hautement sensible, ces dimensions se manifestent avec une intensité et une expression variables, influençant la manière de percevoir, de ressentir et d’interagir avec le monde.
Les différentes dimensions
de la haute sensibilité
Quelles sont les dimensions de sensibilité prédominantes chez Marie ?
Sensorielle: hyperréactivité au bruit, aux odeurs, à la lumière et à la densité humaine de « l’open space », qui provoque une surcharge sensorielle quotidienne entraînant épuisement des ressources attentionnelles et pleurs après le travail.
Réactivité émotionnelle: grande perméabilité affective. Marie ressent les tensions et le rejet implicite de son environnement. Ses émotions montent rapidement en intensité et se traduisent par des pleurs, des blocages ou des réactions de retrait.
Marie a également une mémoire émotionnelle forte, les expériences négatives la marquent profondément.
Chaque critique ou conflit se réactive ensuite sous forme d’anticipation anxieuse («ça va recommencer», «je vais décevoir»).
Empathie émotionnelle: Marie a un besoin fort d’harmonie et de reconnaissance. Au travail elle a effectué plusieurs tentatives de créer du lien. Marie cherche activement à plaire, à être utile, à apaiser le climat. Le fait de remplacer les collègues montre un besoin de reconnaissance et une tendance à se sur-adapter pour maintenir l’harmonie. Cela illustre une forme de loyauté émotionnelle typique des profils hautement sensibles – donner beaucoup pour préserver le lien.
Sensibilité cognitive: en situation de stress, perte des capacités exécutives, le cerveau de Marie se fige, la concentration et la hiérarchisation s’effondrent, on observe une surcharge du système nerveux et du cortex préfrontal.
Après avoir identifié le profil de Marie, nous pouvons étudier ce qui se joue dans son cerveau d’un point de vue neurologique, afin de mieux comprendre les mécanismes à l’origine de son fonctionnement et de ses réactions émotionnelles.
Hyperactivation de l’amygdale
Le cerveau de Marie interprète le contexte professionnel comme menaçant (visages fermés, remarques sèches, silence tendu). L’amygdale s’active, déclenchant vigilance, tension musculaire et stress chronique.
Ce mode de survie bloque le raisonnement rationnel (préfrontal) et entraîne des blocages cognitifs.
Quand l’ambiance est tendue, l’insula (impliquée dans la conscience corporelle et émotionnelle) active le système nerveux autonome, augmentant le rythme cardiaque, la respiration, la tension musculaire, d’où la sensation d’oppression et les larmes après le travail.
Cette suractivation renforce le signal émotionnel, créant une boucle de renforcement : plus elle ressent, plus elle est submergée, et plus son corps confirme qu’il y a « danger ».
À force, le corps devient le miroir du stress: chaque détail sensoriel (bruit, parfum, ton de voix) est interprété comme une menace émotionnelle.
Déséquilibre du système nerveux autonome
Son système sympathique (alerte, stress) s’enclenche rapidement, tandis que le parasympathique (apaisement) peine à ramener le calme. Marie ressent un épuisement nerveux, part en pleurs de décharge après le travail, rencontre des difficultés à se réguler émotionnellement.
Axes thérapeutiques
Voici les axes thérapeutiques proposés pour accompagner Marie vers un retour à l’équilibre et une réintégration professionnelle plus sereine.
Rééquilibrer le système nerveux autonome à travers des pratiques de régulation (respiration vagale, cohérence cardiaque, stimulations sensorielles apaisantes) afin de restaurer un état de sécurité interne.
Réhabiliter sa sensibilité en déconstruisant la culpabilité associée à ses blocages, et en les recontextualisant comme des réponses adaptatives à un stress élevé, avec un apport de psychoéducation sur la haute sensibilité et ses mécanismes neurobiologiques.
Renforcer la gestion du stress relationnel en développant la capacité à identifier les signaux de saturation, poser des limites claires et intégrer des outils de communication assertive, tout en travaillant sur la peur du jugement.
Réactiver le plaisir et la créativité comme leviers thérapeutiques et ressources de reconstruction, en ouvrant des perspectives professionnelles alignées avec son potentiel imaginatif.
Enfin, affiner son orientation professionnelle en explorant des environnements compatibles avec son fonctionnement sensoriel et émotionnel, en privilégiant des cadres souples, autonomes et respectueux de son rythme interne.
Pour conclure, la haute sensibilité au travail devient problématique lorsqu’elle n’est ni reconnue ni conscientisée; à l’inverse, dès que la personne comprend clairement son fonctionnement et identifie ce qui lui convient, elle retrouve de la lisibilité, ajuste ses choix, et accède à un épanouissement professionnel durable dans un environnement aligné.
Pour vous aider à mieux cerner votre propre fonctionnement, vous pouvez également réaliser le test de la typologie de la sensibilité, conçu pour mettre en lumière vos spécificités et vous offrir des repères concrets.
Ekaterina, psychopraticienne spécialisée en haute sensibilité
Cabinet Sensibilis